C’est un événement planétaire de ceux qui marquent une époque. Le show de la mi-temps Super Bowl est chaque année un rendez-vous incontournable. Pourtant, ce dimanche 8 février ce n’est pas tant le spectacle qui suscitait tant d’émoi que son message.
Annoncé il y a plusieurs mois, le show du Super Bowl avait cette année pour tête d’affiche le chanteur porto ricain Bad Bunny. Un choix hautement symbolique puisque ce dernier est profondément anti-Trump et n’hésite pas à dénoncer la politique du chef d’Etat en affirmant ses positions. Revendiquant la culture porto ricaine, et plus largement latine, son discours aux Grammy Awards quelques jours auparavant avait fait sensation. Dénonçant avec ferveur les agissements de l’ICE la police anti-immigration, Benito Antonio Martinez Ocasio de son vrai nom, avait revendiqué les droits des latinos et dénoncé les pratiques de l’ICE.
Son spectacle pour l’événement le plus regardé aux États Unis était attendu avec impatience.
Et quel show ! Durant 13 minutes, le chanteur nous a transporté dans des cannes à sucre, au sein d’une maison Porto-Ricaine, à un mariage et également sur une place publique remplie de commerces. Cette représentation de la culture latine donnait à voir la richesse des liens sociaux et la fête comme meilleure expression. La célébration de l’Amérique latine y est ici magnifiée et le show fut entièrement chanté en espagnol, à l’exception du morceau interprété par Lady Gaga. Un contrepied à la politique offensive de Donal Trump qui cible les immigrés dont une grande partie viennent d’Amérique latine. Une véritable revendication de cette société multiculturaliste que sont les États Unis.
Sans attaque direct, Bad Bunny n’a pas hésité à dénoncé la politique de Trump pour autant. Sa tenue, reproduction de celle des joueurs de NFL, portait le chiffre « 64 » en référence au nombre de victimes officielles rapporté après l’ouragan Maria de 2017. Un chiffre contesté par les porto ricains. Son passage, sur des poteaux électriques faisaient référence aux nombreuses coupures d’électricité que subit Porto Rico.
Les chansons de Bad Bunny ont des paroles hautement symboliques en plus de leur sonorité dansante. Il y dénonce les problèmes de lutte pour l’indépendance, de migration, d’insécurité et d’inégalités sociales.
« God Bless America »
Sur ses mots, le grand vainqueur des derniers Grammy Awards, conclut son show par l’énumération de tous les pays du continent Américain. Un moyen de signaler que les États Unis ne règnent pas en maître et que l’Amérique est avant tout un mixage culturel fort.
Directement critiqué par Trump, le show était déjà boycotté des MAGAs qui organisaient de leur côté, un spectacle de mi-temps alternatif baptisé « All American Halftime Show ». Organisé par Turning Point USA, groupe conservateur fondé par Charlie Kirk et maintenant dirigé par sa veuve, Erika. Ceux qui voulaient rivaliser avec le chanteur le plus écouté sur Spotify en 2025 n’ont, à priori, pas réussi leur coup. Puisque leur show a sans doute eu un léger retentissement aux États Unis, mais aucun a l’échelle mondiale.
Une chose est sûr, Bad Bunny a réussi son pari. Pas assez incisif pour certains, trop woke pour d’autres, le porto ricain a réussi à attirer le regard du monde et à partager sa culture. Nous retiendrons le vivre-ensemble, le multiculturalisme et l’amour. En imposant la fête et le partage comme rempart à la division, il n’y a pas de plus belle rébellion.
Car ne l’oublions pas, seul l’amour est plus fort que la haine.
Marie Vienet

