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Maria Nowak, icône de…

Icône, ai-je écrit icône ? En tout cas, ce n’est pas moi le premier qui l’ai écrit. Depuis sa mort le 21 décembre dernier, les papiers qui la statufient sont légions. Certes, certes. Encore faut-il ne pas passer sous silence qu’avant Macron et Uber, elle a été l’une des premières à prôner une ubérisation des plus précaires à travers sa grande oeuvre : L’ADIE…

Maria Nowak, une icône... ?

Icône, ai-je écrit icône ? En tout cas, ce n’est pas moi le premier qui l’ai écrit. Depuis sa mort le 21 décembre dernier, les papiers qui la statufient sont légions. Certes, certes. Encore faut-il ne pas passer sous silence qu’avant Macron et Uber, elle a été l’une des premières à prôner une ubérisation des plus précaires à travers sa grande oeuvre : L’ADIE…

Il y a des articles qui n’ont l’air de rien mais qui vous mettent la rage. Celui de Blast m’a laissé pantois tant il statufie le parcours de Maria Nowak et sa grande idée : permettre aux pauvres de s’endetter.


L’ADIE ou l’Association pour le Droit à l’Initiative Économique  est la première banque à faire du microcrédit en France, dès 1989. Le principe est simple : chômeurs, rmistes, travailleurs précaires, interdits bancaires, toute la populace paria des banques peut – dans le cadre d’un projet de création d’entreprise – accéder au Graal. Dans l’esprit de Maria Nowak et de ses successeurs, le Graal, c’est le fric.

« C’est une démarche relativement indolore. Parce qu’il ne s’agit pas de prendre leur richesse aux riches et de la donner aux pauvres, il ne s’agit pas de faire une révolution économique profonde. »

Je reviendrai sur le terme “indolore” plus tard.

Pour ce qui est de la non-révolution économique, on ne peut qu’acquiescer : le précaire repart  de l’ADIE avec un endettement digne des crédits renouvelables (plus de 20% de TEG à l’époque où j’étais un salarié de l’ADIE – 9,75 % aujourd’hui, mais à taux fixe…).

Au vrai, l’ADIE, du haut de sa reconnaissance d’utilité prétendument publique, n’est qu’une machine à faire du prêt, une machine à faire du chiffre, avec des “conseillers” soumis à des objectifs de rentabilité.

Pire, l’ADIE fait miroiter aux plus précaires le mythe selon lequel ils vont sortir du chômage par le grande porte. Finalement, tout n’est qu’une question de chiffres. Les bénéficiaires de l’ADIE s’endettent, et une partie de leur RSA ou de leur allocation-chômage passe dans le remboursement d’un prêt à taux exorbitant. Pour le social, merci de repasser. De plus, l’ADIE s’est dotée d’un système de recouvrement qui n’a rien à envier aux Finaref, Cofidis et autres. Pressions, appels journaliers, les personnes dont le projet professionnel échoue goûtent aux méthodes peu amiables d’une armée chargée de récupérer l’argent. Pas celui des riches, prétend Maria Nowak, celui des banques, ce qui fait une différence, ah bon ? Parce que, en réalité, l’ADIE emprunte à un taux préférentiel à des banques l’argent qu’elle prête ensuite à des pauvres. Soit. Le terme ‘indolore” prend une tout autre signification.

Mais qui sont ces gens qui s’en sortent ? La communication de l’ADIE est parfaite, il y a toujours un exemple de la petite exclue du système et qui, grâce à son “conseiller accompagnement”, dirige une équipe de 10 salariés dans le nettoyage, dans la vente à domicile, dans l’aide à la personne…

Je ne nie pas l’existence de belles histoires, de vraies réussites, de revanches sur le système. Ce que j’affirme, c’est que, plus nombreux, infiniment plus nombreux, sont ceux qui changent juste de précarité, qui ne font que troquer 592 euros de RSA pour 700 euros de revenus professionnels. Et hop, les stats de Pôle Emploi sont ainsi nettoyées. Vive le plein emploi. La dignité n’a pas de prix, rétorquent les salariés de l’ADIE. Vraiment ? Ex-salarié de l’ADIE, je ne me sentais pas plus digne en poussant les gens au surendettement, comme, j’imagine, on ne doit pas se sentir très digne en poussant sous un train un cancéreux en phase terminale.

L’ADIE est un mensonge, adoubé par les institutions publiques et par la classe politique, en ce qu’elle œuvre pour leur société de rêve : des pauvres non comptabilisés dans les chiffres du chômage. Pour tout cela, avé Maria !

Je serais curieux de connaître les vrais chiffres de l’ADIE. Combien, parmi tous ceux que l’association contacte, sortent de leur milieu d’origine ? Qui sont ceux qui vivent, au lieu de survivre ? Mon intuition : quelques dizaines. Je serais curieux de connaître les vrais chiffres, oui, le dessous des prêts bancaires accordés à l’ADIE, et le montant de son trésor de guerre. Lorsque j’en étais salarié, il se montait à plusieurs millions d’euros. Quid, aujourd’hui ? Je serais curieux aussi de savoir où en est le management dans cette association qui engage en priorité de jeunes idéalistes, les abreuvant d’un discours social et qui mettent quelques années à découvrir le mal qu’ils font réellement.

L’article précise que :

si le microcrédit est sans aucun doute un instrument libéral, cela n’en fait pas un dispositif antisocial ou inégalitaire pour autant. Maria Nowak s’en défend elle-même, en insistant sur la nécessaire distinction entre libéralisme et capitalisme. « Dans libéralisme, il y’a liberté, dans l’esprit d’Adam Smith c’était bien ce que ça voulait dire, la liberté d’entreprendre notamment. (…) En France, le libéralisme a pris un sens affreux qui n’est pas du tout conforme à ses origines”.

Comment ne pas voir là-dedans la glorification de l’uberisation de la société. Comment ne pas y associer le libéralisme le plus dangereux pour l’avenir – celui qui fera de nous des travailleurs pauvres, de parfaits petits esclaves cumulant 2, 3 ou 4 petits-métiers, payés en auto-entreprise, pour permettre aux employeurs de zapper les charges patronales ? A ce sujet, comment ne pas relever le lobby intensif de l’ADIE pour l’apparition du scandaleux système de l’auto-entreprenariat ?

Donc, non, Maria Nowak n’est pas une icône du microcrédit. Elle est l’icône du capitalisme le plus dégueulasse et de l’exploitation systématique des plus pauvres. 

 

Pour un média qui vomit sur les non-dits de Macron, sur le double langage des politiques, je trouve ce portrait incomplet et mensonger, au minimum par omission.

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