Une critique par Kiiwuii
Mickey 17 est un film réalisé par Bong Joon-Ho, sorti en 2025 et adapté du roman Mickey 7 d’Edward Ashton. Porté par Robert Pattinson dans le rôle-titre, il met également en scène Mark Ruffalo en antagoniste principal.
Le postulat de départ, commun au livre et au film, est le suivant : Mickey Barnes devient un « recyclable », chargé d’exécuter des missions suicidaires avant d’être réimprimé dans un corps neuf, avec la mémoire de toutes ses vies précédentes. Tout bascule lorsqu’une dix-huitième version de lui est créée alors qu’il n’était pas encore tout à fait mort. Deux Mickeys pour une seule existence, une aberration aux yeux de la société, qui considère cela comme une menace à l’ordre établi.
Si l’objectif du film était de mettre en avant Robert Pattinson, alors mission accomplie. L’acteur livre une performance complète, oscillant entre la lâcheté, la tyrannie, la souffrance et le courage. Un rôle exigeant qu’il incarne avec brio. Les autres acteurs ne sont pas en reste, notamment Naomi Ackie, qui joue Nasha, la petite amie de Mickey. Son personnage, à la fois rebelle et insoumis, incarne une figure forte et charismatique, une femme forte, une femme de pouvoir.
En revanche, Mark Ruffalo dans le rôle de Marshall me déçoit quelque peu. Dans le livre, son personnage est un commandant impassible. Dans le film, il est réduit à un chef d’entreprise / politicien raté manipulé par sa femme, totalement dépourvu d’autorité. Cette dernière, jouée par Toni Collette, est un véritable démon… heureusement, on n’a pas à la supporter trop longtemps.
Bong Joon-Ho prend de grandes libertés avec le matériau d’origine. La personnalité de nombreux (beaucoup) personnages est altérée, et l’intrigue elle-même est modifiée. Dans le livre, les « rampeurs », ces bestioles extraterrestres, sont intelligents et capables de communiquer. Dans le film, ils sont réduits à de simples monstres à exterminer, sans émotion autre que la revanche.
Les décors, eux, sont irréprochables. L’ambiance futuriste et dystopique est parfaitement rendue, que ce soit sur Terre ou sur la planète Niflheim. Visuellement, le film est une réussite.
Jetons un coup d’œil aux ressemblances et différences entre les deux œuvres. Autant dire que je laisse la place aux divulgations de toutes sortes. Spoilers !

- Dans le livre, Mickey et Timo embarquent sur le drakkar pour fuir des dettes contractées auprès d’un usurier impitoyable. Dans le film, tout part d’une simple obsession pour les cupcakes de Timo… Mickey est une victime dans l’adaptation.
- Timo est profondément transformé. Dans le roman, c’est un pilote talentueux mais lâche, qui refuse d’aider Mickey par peur des représailles. Dans le film, il est arrogant et persuadé d’être un génie. Steven Yeun, qui l’incarne, s’en sort néanmoins très bien.
- La temporalité est raccourcie : sept ans de voyage dans le livre, réduits à quatre ans et demi dans le film. La découverte des multiples (les différentes versions de Mickey) est également accélérée, au détriment du développement des personnages.
- La drogue et certaines distractions à bord du vaisseau, présentes dans le film, sont absentes du livre. De même, la mission militaire, élément clé du roman, est ici reléguée au second plan. Les soldats ne semblent pas si militaires… sauf à la fin, où ils sont soudainement ultra-équipés.
Un ajout intéressant du film est le personnage de Dorothy, une scientifique qui éprouve de l’empathie pour Mickey et tente de comprendre ses interactions avec les « grimpeurs ». Un point positif, même si cela ne compense pas la perte d’un élément essentiel du roman : sa réflexion philosophique.
L’un des aspects les plus fascinants du livre est sa réflexion sur l’identité et l’immortalité. Que signifie être un être humain lorsque l’on est constamment remplacé par une copie ? À partir de quand cesse-t-on d’être soi-même ? La quête d’identité de Mickey disparait. Où est l’analogie du bateau de Thésée ? Ce questionnement, au cœur du roman, est malheureusement évacué du film. La seule scène où Mickey semble réellement affronter ses démons, c’est lorsqu’il envisage de détruire sa propre immortalité. Trop peu, trop tard.
Je n’ai pas détesté Mickey 17, mais je ne l’ai pas adoré non plus. Il m’a diverti, m’a fait rire par moments, mais ne m’a pas autant captivé que le livre. L’adaptation prend des raccourcis narratifs et gomme les aspects les plus profonds de l’histoire au profit d’un divertissement plus accessible.
Si vous avez aimé le film et que vous cherchez une autre comédie d’action hollywoodienne du même genre, The Fall Guy avec Ryan Gosling pourrait bien vous plaire.