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Interview de Maxime Nerkowski, Le Carlton

Agate Poncet : Après vingt ans au sein du Carlton, qu’est ce qui rend cet établissement pour vous si singulier à vos yeux par rapport justement aux autres palaces azuréens ?

Maxime Nerkowski : Le Carlton, pour moi, c’est emblématique. Déjà, c’est iconique. Il n’y a pas d’équivalent. On dit toujours que c’est la tour Eiffel de la Côte d’Azur. Et c’est vrai que pour moi, c’était déjà un rêve quand j’y suis rentré en 2002 et, je le dis toujours, c’est un rêve éveillé.

Agate Poncet : Et est-ce que vous vous rappelez de vos premiers souvenirs, justement, votre premier jour au Carlton ? Quelle image justement ou quelle émotion vous revient immédiatement à l’esprit ?

Maxime Nerkowski : Je me souviens bien, le premier jour, j’étais très impressionné déjà par l’hôtel. Et d’autre part, je rentrais dans une conciergerie qui était relativement âgée. J’étais, comment dire, aussi impressionnée et en même temps très attentif. Donc c’était très intéressant.

Agate Poncet : Parce que, du coup, comme vous l’évoquez, vous avez commencé en 2002, c’est ça ? Vous étiez donc voiturier au départ, vous avez fini chef, concierge et président aussi des clés d’or de la région. Comment votre regard de terrain a pu influencer votre manière de diriger aujourd’hui vos équipes ?

Maxime Nerkowski : Ce métier, c’est quand même de la passion et … comment dire, de l’humilité. Donc je me devais de leur inculquer ce fait. Il faut savoir que c’est une génération qui arrive, qui est relativement jeune. On a des métiers qui s’apprennent avec le temps.

Agate Poncet : Et pour parler un peu du Festival de Cannes qui commence aujourd’hui [ndlr : interview réalisée le 12 mai 2026), comment vous arrivez mentalement à vous préparer et préparer aussi vos équipes pour passer d’un service justement de luxe classique à cette effervescence quasi électrique durant cette quinzaine?

Maxime Nerkowski : Alors c’est de la préparation déjà. Moi je me prépare et je prépare les équipes en leur expliquant que c’est un marathon qui dure dix jours, donc il faut savoir être appliqué les premiers jours, et patient. La deuxième semaine est toujours difficile. Je vais essayer de me coucher tôt, en tout cas essayer de bien dormir, de bien récupérer, pour être performant. Après on a toute une organisation qui est très spéciale, donc vraiment que tout le monde comprend les enjeux.

Agate Poncet : Et on dit également qu’un grand concierge, c’est un concierge qui anticipe les besoins de ses clients. Comment vous arrivez à lire les pensées de vos hôtes ?

Maxime Nerkowski : Un grand concierge, je ne sais pas ! Mais en tout cas, on essaie évidemment d’aller de l’avant et de prendre toujours les devants, de les surprendre, de les. On est là pour ça, pour les émerveiller, mais en tout cas pour rendre un service.

Agate Poncet : Et par rapport justement au Festival de Cannes, est-ce que vous avez une histoire de sauvetage de dernière minute. Par exemple, une robe craquée ou un smoking perdu qui a permis à une star d’être sur le tapis rouge à temps grâce à vous.

Maxime Nerkowski : Alors évidemment, les nœuds papillons, je ne les compte pas et les manchettes non plus, Mais ça m’est arrivé une année de prêter ma veste à quelqu’un de très connu pour monter les marches !

Agate Poncet : Et quelle est la demande la plus folle que vous avez reçu ?

Maxime Nerkowski : Le festival de Cannes exige que la ville vive vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Donc le challenge est d’avoir les choses rapidement. Et c’était il y a deux ans. On nous a demandé des roses avec un très court délai, et on a mis un tout petit peu plus de 30 minutes !

Agate Poncet : J’imagine que c’est aussi un peu stressant. Il y a d’autres histoires un peu folles que vous aviez abordées, notamment avec le l’affrètement d’un Airbus pour une famille royale. Est-ce que vous avez dû justement transformer une suite entière en quelques heures ?

Maxime Nerkowski : On nous a déjà demandé de mettre de la pelouse par exemple sur du gazon, sur la terrasse, simplement pour que le petit chien puisse faire ses besoins.

Agate Poncet :D’accord. Et justement, est-ce qu’il y a une demande que vous avez dû refuser? Et auquel cas, comment on dit non à quelqu’un qui a l’habitude que tout soit possible tout en préservant le rêve finalement ?

Maxime Nerkowski : On ne dit jamais non, c’est la première chose. Il y a parfois des alternatives et le client est satisfait. Parfois la demande du client peut aussi évoluer. Et en même temps, en arrondissant les angles, tout le monde est content.

Agate Poncet : Et comment justement, vous arrivez à garder les pieds sur terre ? Parce que vous manipulez des demandes parfois à plusieurs millions d’euros. Comment vous arrivez justement à gérer un peu tout ça ? Une fois arrivé chez vous par exemple, vous arrivez à dissocier le perso du pro ?

Maxime Nerkowski : Je ne mélange jamais ma vie personnelle avec ma vie professionnelle. C’est la règle, c’est la règle numéro un.

Agate Poncet : Le Festival de Cannes, ça vous demande beaucoup d’énergie, j’imagine que vous travaillez plus en termes d’heures que lors d’une journée banale. Vous arrivez quand même à consacrer du temps à votre à votre vie perso ?

Maxime Nerkowski : Non mais pendant le festival du film c’est normal, je pense.

Agate Poncet : Puis c’est une expérience aussi à vivre, j’imagine.

Maxime Nerkowski : Une expérience à vivre ? Oui, tout à fait. Après on est rodé. Comme je disais, évidemment tout le monde se dit c’est quand même extraordinaire de participer à un événement mondialement médiatisé comme le Festival du film. Alors nous, avec quelques anciens, c’est vrai qu’on est peut-être moins impressionnés, mais on est toujours aussi content et on aime aussi former les jeunes, Donc il y a un mélange de tout ça quand même. C’est quand même sympa.

Agate Poncet : Quelle est la plus belle marque de gratitude que vous ayez reçue justement en tant que concierge, après avoir réalisé, on va dire un miracle ? Quelle est la plus belle marque de gratitude finalement ?

Maxime Nerkowski : Honnêtement, c’est quand les clients se rappellent de nous, au fur et à mesure des années. J’ai eu des stars qui étaient logées dans d’autres établissements et qui sont revenus me voir pour me faire un petit coucou. Des choses comme cela, c’est pour cela qu’on l’on fait de l’hôtellerie.

Agate Poncet : Merci beaucoup pour cet échange.

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