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Dans la nuit… #2 : Sam Barlow

Sam Barlow

Qui est Sam Barlow ? Murmurer son nom à l’oreille des initiés produit le même effet que susurrer “Han Solo” à un fan de Star Wars ou “Mylène Farmer” à un fan de concerts épique. Les poils se dressent, l’éveil est en émoi, l’intérêt est grandissant. Sam Barlow créé des jeux vidéo ou plutôt des expériences de jeux vidéo. Depuis “Her Story”, Sam Barlow redéfinit le jeu d’enquête policière, le jeu d’énigme. Le principe est simple et efficace. Le jouer se retrouve face à une interface qui répertorie des milliers de vidéos. Pour en visionner une, il doit inscrire un mot-clé dans une barre de recherche. Ce mot clé, s’il est pertinent, lui donnera accès à une ou plusieurs vidéos. Simple, efficace et retors. Car rien n’est dans l’ordre, tout est parcellaire et l’histoire entière est à reconstituer et à déduire. Et à chaque fois, son histoire remue et nous interroge. 

Her story

C’est une femme, Hannah Smith qui apparait sur l’écran. L’avatar du joueur et une femme aussi, qui se retrouve en possession d’une base de données vidéo de la police et qui visionne ces interrogatoires.  

Hannah est seule, mais peut-être pas, il y a des non-dits, des bizzareries, il faut recoller les morceaux, être attentif et trouver le fil pour comprendre qui nous parle. De quoi nous parle-t-on ? De qui ? D’hommes et d’autres femmes. Et puis c’est tout. Qui sont-elles, que doit-on faire ? On ne sait pas pourquoi, on ne sait pas qui sont ces femmes. Et la recherche continue.

On cherche une vérité, unique, qui expliquerait le tout. Au bout d’une heure de jeu et de visionnage, on se retrouve juste avec plus de questions. Une femme ou plusieurs ? Quelles réponses cherche l’avatar du joueur ? Quelle est son implication ? On traque les révélations, les détails dans les vidéos, on devine, on déduit.

A la fin du jeu, un personnage demande à l’avatar s’il a compris le geste, s’il a compris le mobile, s’il pardonne. Mais c’est un leurre. Il ne s’adresse pas aux personnages fictifs du jeu, mais à nous, hors-jeu, il nous demande notre position, il nous demande de trancher, il nous demande un avis moral. On éteint le jeu. On se questionne. On se demande ce que l’on aurait fait, nous. A force de plonger dans la vie d’Hannah Smith, voilà qu’elle continue de nous hanter une fois le puzzle reconstitué. 

Telling lies

Cette fois-ci, il y a 4 personnages principaux, 3 femmes et un homme. Mais c’est un leurre, l’histoire qui est raconté est celle de David et uniquement la sienne. Au début, on se dit qu’il y a peu de mystère, on comprend rapidement qu’il y a eu meurtre, que David a tué et maquillé le crime en usant de sa profession de policier. On se dit que c’est un pourri, un sale flic qui part au FBI dans une mission de couverture, en immersion où il pousse à la faute un groupe écologiste. David est un bel enculé, qui ment, manipule et fait peur à sa femme. 

Puis, ça se complexifie, ça se nuance. Et si David n”était qu’une victime ? Victime de chantage, victime de son boss, victime des mensonges ? Sa vie se liquéfie, il perd pied, cherche un semblant d’équilibre et se noie. 

Les différents épilogues sont cruels pour lui. Tout le monde l’oublie, tout le monde l’efface. Les femmes y apparaissent égoïstes, fausses victimes des mensonges consentants. A moins que… 

Comme pour Her Story, Telling lies ne s’arrête pas une fois le jeu éteint. Les questions qu’il pose continueront à tourner dans votre tête longtemps après la fin du jeu.

C’est, à mon avis, le meilleur jeu de la trilogie.

Immortality

C’est, à mon sens, le jeu le plus hermétique de cette trilogie. Cette fois-ci pas de mot clés mais des clics sur des accessoires ou détails de la vidéo visionnée. On passe de rush en rush, de coulisses de tournages en émissions TV.

A la recherche de Marissa, une actrice en devenir, subitement disparue, après 3 films dont aucun n’est sorti. Pourquoi ? Comment ? On se perd littéralement dans les vidéos, il n’y a aucune aide qui mettrait de l’ordre dans tout cela, qui nous indiquerait où nous en sommes. Et à la fin de la première partie, je l’avoue, je n’ai rien compris. Il y a bien une petite excitation, lorsqu’on comprend ce qui se cache derrière les bobines de films (sans spoiler). 

Ou plutôt, j’ai raté trop de vidéos pour y comprendre quelque chose. Alors, il faut recommencer, être plus attentif et persévérer pour toucher le tragique (et le fantastique) de cette actrice disparue.

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