Faire ses courses est un rendez-vous régulier pour tous. Bien souvent réalisé dans un super ou hypermarché non loin de chez soi, l’exercice est automatique. Les habitudes sont innées, presque inconscientes. Pourtant, nombre de villages français ne survivent que par l’existence des « supérettes », ces petites épiceries où le lien social est plus important que les aliments dégotés.
12h25, les portes coulissantes s’ouvrent une dernière fois avant la pause déjeuner, le temps pour cette cliente de remettre un colis à Claire* la gérante. « Au doux panier », on ne vient pas seulement faire le plein de produits alimentaires, mais on vient chercher une rencontre et savourer un échange. Cette épicerie est le coeur de ce petit village du Doubs, lieu essentiel pour cette commune. Grâce à Claire (et son associée) qui n’ont pas hésité un seul instant à l’opportunité de reprendre ce commerce : « Bien sûr que ce n’est pas toujours facile, on travaille 7 jours sur 7 avec de gros horaires et on ne quitte jamais son travail, on l’incarne quotidiennement, en dehors des horaires d’ouverture, selon des commandes imprévues… Mais cela n’empiète pas sur le plaisir ». Quelques temps avant le confinement, la nouvelle du départ à la retraite de l’ancienne gérante et d’une potentielle fermeture de boutique inquiétait ce village de moins de 300 habitants. Pour Claire et son associée, cette reprise était une évidence, garder ce lien social si fort tout en leur permettant de travailler à leur compte et d’avoir une plus grande autonomie.
Originaire du village, Claire, qui travaillait déjà à la fromagerie, ne souhaitait pas en laisser mourir l’âme : « On est un point d’ancrage, un endroit qui permet aux habitants de trouver solidarité et contact avec le monde extérieur ». Après le rachat, le commerce fit peau neuve et se modernisa. Déplacé non loin de la fromagerie, dans un autre bâtiment et agrandit, il oire maintenant l’impression d’un vrai petit centre-ville commercial. L’occasion pour Claire de rester fidèle à ses valeurs : « Nous avons développé le vrac et faisons appel à des producteurs locaux dès que possible ». À l’énumération de ces derniers, la fierté se lit dans son regard. Une suite logique pour ce village qui favorise l’agriculture biologique.
Un lieu social avant tout
Bien plus qu’une épicerie, plusieurs types de services y sont rendus : point relais, dépôt de colis pharmaceutiques, mais surtout « système d’alerte et de veille » auprès des personnes âgées du village. Ici, on ne vient pas seulement faire nos courses mais on cherche du lien et des rencontres. Ne soyez pas surpris par les nombreuses conversations improvisées à la caisse ou devant le rayon congélation. Ici, on se retrouve, on papote, on prend des nouvelles et on se dit à la prochaine. S’y rendre c’est avoir un contact avec le monde extérieur, surtout apprécié des personnes âgées : « Pour les personnes âgées, cela permet de garantir une autonomie : des personnes de la famille ou les aides viennent faire leurs courses, ce qui leur permet de rester dans leur maison ». Les touristes en vacances apprécient aussi particulièrement ce lieu qui leur permet de découvrir les produits locaux tout en recevant de bons conseils sur les randonnées à faire ou le meilleur équipement pour la prochaine sortie ski de fond. Et si le mot choisi par Claire pour résumer son travail est « chaleureux », nous retenons surtout « humain ». Bien plus qu’une commerçante, à l’écoute, elle alimente les maisons. Habitant ou touriste, elle permet à chacun de partager, le temps d’une commission, un moment de vie.
*Le prénom a été modifié.

